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TÉMOIGNAGE D’UN SOLDAT AYANT PARTICIPÉ À L’ÉVÉNEMENT:
Témoignage d’un canadien, Bill Bowering, lors du débarquement in 6 juin 1944 ; le jour « J », La Documentation française – mémorial (Les médias et l’événement), Caen, 1988, p.26 :
« Nous avions la bouche sèche, la langue comme de la ouate, le ventre glacé. Un sentiment d’attente impossible à décrire…
Et puis, ces coups sourds dans la poitrine, qui dominaient presque le bruit des obus et des bombes : l’angoisse de ce qui nous attendait sur la plage.
[…] Le moment était venu.
Les rampes s’abaissèrent. On voit de quoi ça a l’air, dix milles d’eau entre vous et la plage. Pour la première fois, on s’aperçoit de deux choses…on tire sur vous, et tout autour de vous, il y a des bateaux et des bateaux à l’infini. Et on répond par un tir de barrage à vous en couper le souffle.
Bref, vous y êtes, à l’eau. Dans les brisants. C’est le moment de se rappeler comment on vous a appris à y marcher, dans cette eau, et comment tenir le fusil en l’air, pour qu’il ne se mouille pas. Mètre après mètre, on avance. Devant soi, de la fumée, du bruit…jamais on n’a rien entendu de pareil, pas même au temps du “Blitz”. Quelle différence avec les manœuvres ! Nom de nom, on y est en plein cette fois !
Allons, encore un effort. Les obus giclent dans l’eau près d’une péniche. Badaboum ! En voici une de touchée. Un homme tombe, on s’élance…la fuite en avant. Il se relève – il avait simplement buté. Devant nous, la plage. Un autre homme tombe, il ne se relève pas. Des balles traçantes à gauche. Mitrailleuses. Des avions piquent sur nous…La RAF. Bravo, les petits !
En bruit de fond, le roulement continu des canons de l’artillerie de marine. Dieu vous bénisse ! “Aplanisseurs”, c’est comme ça qu’on les appelait ! Toute la nuit, toute la matinée, ils pilonnent, pilonnent l’orgueil du troisième Reich.
On rentre la tête dans les épaules à la manière d’un boxeur qui s’apprête à frapper son adversaire. On se courbe très bas en marchant….bien sûr, c’est parce qu’on n’y voit pas bien….
On a la bouche plus sèche encore. Faut soulever le fusil plus haut. Voilà, on est sur la plage. Arme à gauche. Sur notre droite, sifflent les obus. Mitrailleuses. Des hommes tombent. C’est drôle, personne n’a été atteint autour de vous. Après tout, ce n’est pas si terrible que ça ! »